l y a des tendances sur les réseaux sociaux qui nous font rire et pourtant elles devraient nous révolter. Elles sont très bien acceuilies sous couvert de l’humour, normalisées par l’algorithme et la viralité.
En scrollant sur TikTok, Instagram ou Facebook vous verrez ce dont je parle: des vidéos générées par IA où des bébés, des enfants en bas âge, sont transformés en danseurs adultes. Habillés comme des adultes. Maquillés comme des adultes. A qui ont fait dire des choses d’adultes. Ces « enfants » effectuent des chorégraphies sexualisées, des mouvements, des postures, des phrases, des contextes qui n’ont rien à faire dans l’univers de l’enfance.
Nous « likons » et surtouts nous partageons parce qu’on trouve cela mignon et drôle.
Rappelez-vous : il y a quelques années, les concours de mini-miss nous semblaient charmants. On y voyait des petites filles maquillées comme des adultes, défilant en maillot de bain, notées sur leur apparence physique. Aujourd’hui plusieurs pays ont interdit ces pratiques, reconnaissant qu’elles constituaient une sexualisation précoce dangereuse pour le développement psychologique des enfants.
De même, souvenons-nous du phénomène des enfants influenceurs sur YouTube. Au début, c’était ‘mignon’ de voir des bambins déballer des jouets devant la caméra. Puis on a découvert les dérives notamment les enfants exploités commercialement par leurs propres parents, exposés à des millions d’inconnus, ciblés par des prédateurs. Une fois de plus, ce qui a commencé comme un divertissement innocent s’est révélé être une nouvelle forme d’exploitation de l’enfance.
L’histoire se répète aujourd’hui. À chaque fois, on normalise d’abord, on s’alarme ensuite et on régule trop tard.
Pourquoi utiliser l’image d’un enfant pour participer à un challenge viral quand il ne manque pas d’adultes consentants pour le faire ? Pourquoi arracher l’innocence du visage d’enfants pour les projeter dans un monde qui n’est pas le leur ?
L’argument du « c’est juste de l’IA, ce n’est pas réel » ne tient pas. Ces images utilisent parfois à la base, des vraies photos d’enfants. Elles les transforment, les sexualisent, les décontextualisent. Le pire est qu’elles normalisent l’idée qu’un enfant peut être un objet de divertissement dans des codes adultes.
N’oublions pas un autre aspect. Les enfants regardent ces contenus aussi.
La recherche en neurosciences nous apprend : avant 8 ans, et même 11 ans, le cerveau d’un enfant ne fait pas la différence entre une publicité et un contenu réel, entre une fiction et la réalité. Cela signifie concrètement qu’un enfant de 5, 6, 7 ans qui voit ces vidéos d’autres enfants générés par IA en train de danser de manière sexualisée ou de dire des choses décalées, ne comprend pas que c’est artificiel, manipulé, irréel. Il intègre ces images comme une norme, comme un modèle de comportement acceptable, comme ce qu’on attend de lui. Une étude de l’American Psychological Association (APA, 2023) rappelle que l’exposition précoce à du contenu sexualisé (qu’il soit réel ou synthétique) est corrélée à une distorsion durable de la perception du consentement et des rôles de genre chez les mineurs.
Il y’a donc au moins 03 conséquences:
- La normalisation précoce de la sexualisation. Ce qui est de plus en fait avec les contenus télé et même les programmes dans les écoles. Toutefois c’est un tout autre débat.
- La construction d’une identité numérique dissociée de leur développement réel. Un enfant dans la vraie vie ne saurait ni danser ni parler comme leur « représentation » virtuelle le fait.
- Exposition à des standards comportementaux inadaptés et ce de façon virale. Les changements et cassures de la société ont généralement commencé par une préparation progressive ou silencieuse de l’imaginaire.
Donc, non, ces vidéos ne constituent pas juste du contenu viral. Nous sommes ainsi en train de programmer, littéralement, les schémas mentaux de la génération suivante. Ça n’a rien d’anodin. C’est dangereux. Nous devons appeler cela par son nom : c’est une forme de violence symbolique contre l’enfance.
Bon, Que faire ? Je n’ai pas toutes les réponses, toute fois je sais que le silence n’en est pas une. Nous devons :
- Questionner ces pratiques au lieu de les normaliser
- Éduquer sur les impacts psychologiques de la dissociation / assimiliation entre identité réelle et identité numérique artificielle
- Réguler l’usage de l’IA générative, notamment quand elle implique des mineurs.
L’IA est un outil extraordinaire. Mais comme tout outil puissant, il peut servir à construire ou à détruire. A émanciper ou à aliéner. Le choix nous appartient encore. Pour combien de temps ?
Selon le rapport de l’Internet Watch Foundation (IWF, 2023), le nombre d’images d’abus sexuels sur mineurs générées par IA a augmenté de 380 % en un an, et pour la première fois, certaines sont devenues indétectables à l’œil humain.
Ce qui se transmet ici ce sont des valeurs, ou plutôt leur absence. Si avec l’IA on génère sans conscience, alors on éduque sans éthique.
Arielle KITIO
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