Les Talents Ne Sont Pas Des Hasards. Ils Sont Des Mandats.
Je fabrique mes bijoux.
Cette phrase, je l’ai prononcée pour la première fois publiquement il y a quelques mois. Pas sans une certaine appréhension. Pas sans me demander : « Que vont penser mes partenaires institutionnels ? Mes collègues de l’écosystème EdTech ? Les ministères avec qui je travaille ? »
Parce que dans l’imaginaire collectif, Arielle Kitio = Education + Tech + inclusion. Point.
Pas de place pour cette partie de moi qui trouve sa paix dans l’artisanat, la poésie…
Et pourtant.
Nous vivons tous dans des cases
Des cases qui ressemblent de plus en plus à des prisons.
Très souvent, on ne fait que ce qui correspond à l’image que les gens ont de nous. On brime nos talents, on étouffe nos rêves, on censure nos élans… et au nom de quoi ?
Au nom d’une cohérence artificielle. Au nom d’un « personal branding » linéaire. Au nom d’une peur : celle de ne plus être prise au sérieux si on montre notre complexité.
Mais voici la vérité que j’ai mise des années à accepter :
Nous sommes TOUS pluriels.
Tous.
Le médecin qui peint. L’ingénieur qui écrit des poèmes. L’enseignante qui code. Le chef d’entreprise qui jardine. La technicienne qui danse.
Nos talents ne sont pas des distractions. Ils sont des indices.
Le conflit intérieur qui oppresse
Personnellement, je l’ai su depuis toujours. Cette pluralité.
Enfant, je passais des heures à écrire, à créer, à imaginer des mondes. Adolescente, je dévorais les sciences tout en rêvant de poésie. Adulte, j’ai construit CAYSTI, TechWomen Factory… tout en ressentant cette part de moi qui appelait à créer autrement.
Mais je me suis brimée. Longtemps.
Par peur du jugement. Par souci de « sérieux ». Par ce qu’on m’avait appris : « Choisis une voie. Excelle dans UN domaine. Ne te disperse pas. »
Le résultat ? Un conflit intérieur oppressant. Une sensation d’étouffement. L’impression de vivre une vie amputée, où une partie essentielle de mon être restait dans l’ombre.
Jusqu’au jour où j’ai compris quelque chose de fondamental.
Ce qui m’a libérée
Savez-vous l’une des choses qui m’a véritablement libérée ?
L’écoute. Et un test de personnalité.
Pas n’importe lequel. Le modèle RIASEC, qui identifie nos sources d’énergie et de motivation profondes.
Quand j’ai fait ce test, tout a changé.
J’ai découvert que mes « multiples passions » n’étaient pas une dispersion. C’était ma configuration naturelle. Mon mode opératoire. Ma force.
Le test m’a révélé que :
- Mon besoin de créer des systèmes (CAYSTI, les programmes éducatifs) venait de ma dimension Investigative et Sociale
- Mon besoin de transformer par l’innovation (l’IA pour l’éducation) s’enracinait dans ma dimension Artistique et Entrepreneuriale dont est née bien de choses: INKA, Mission NOVA et AUTREMENT.
Ces dimensions ne se contredisaient pas. Elles se complétaient.
Et surtout, j’ai compris que mes talents n’étaient pas des hasards génétiques. Ils étaient des mandats.
Des capacités données pour une raison. Des outils confiés pour un usage précis. Des dons qui portent en eux une mission.
Les talents comme mandats
Quand on comprend ses talents comme des mandats, tout change.
On arrête de se justifier. On arrête de s’excuser. On arrête de se fragmenter pour correspondre aux attentes.
On commence à honorer ce qui nous a été confié.
Pour moi, cela signifie :
- Continuer à transformer l’éducation africaine (mon mandat de souveraineté cognitive)
- Fabriquer mes bijoux, écrire de la poésie sans culpabilité (mon mandat de beauté et création manuelle)
- Inspirer, provoquer la réflexion, transformer (mon mandat de transmission)
Je pense que ces trois dimensions ne se nuisent pas. Elles s’enrichissent mutuellement.
Quand je conçois un bijou, quand j’écris mes textes, mes mains se rappellent que la technologie doit avoir une âme.
Quand je code, quand j’enseigne, quand je milite, quand je me souviens que l’humain doit rester au centre.
La connaissance de soi n’est plus un luxe
Aujourd’hui, nous vivons une époque charnière.
L’intelligence artificielle peut faire beaucoup de choses, sauf une : être vous.
Dans un monde où les machines apprennent, créent, automatisent, votre singularité devient votre plus grand atout.
Mais encore faut-il la connaître. Encore faut-il l’assumer. Encore faut-il l’honorer.
Et toi ? Quels talents brimes-tu ?
Je t’invite à faire l’exercice suivant :
Liste 3 choses que tu aimes faire mais que tu n’oses pas assumer publiquement.
Pourquoi ne les assumes-tu pas ? Par peur de quoi ? Du jugement de qui ?
Ensuite, demande-toi : « Si je mourais demain, quels talents mourraient avec moi sans avoir été utilisés ? »
Cette question change tout.
Parce qu’elle nous rappelle que nos talents ne nous appartiennent pas vraiment.
Ils appartiennent à ceux qui attendent que nous les mettions en œuvre. Ils appartiennent aux générations qui viendront après nous. Ils appartiennent à la mission unique que nous seuls pouvons accomplir.
Si tu n’y arrives pas, essaie ce test:
Conclusion : Honore ton mandat
Mes bijoux ne font pas de moi une moins bonne CEO.
Mon engagement pour l’éducation ne fait pas de moi une moins bonne artiste.
Ma pluralité ne me divise pas. Elle me complète.
Et la tienne aussi.
Alors aujourd’hui, je t’invite à sortir de la case. À honorer tes mandats. À cesser de brimer ce qui t’a été confié.
Parce que les talents ne sont pas des hasards.
Ils sont des mandats. Et chaque mandat accompli libère une génération.